Histoire du Geste — Baise-main et shakehands

Baise-main et shakehands

Nous avons déjà cité cet ouvrage –Histoire de la Politesse –; avec ces qqs réflexions sur les usages et description des gestes, nous allons revenir à cette Porte et ces maudits Français qui ne la ferment pas (la Porte)

http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-chapeau-bas-et-baisemain–37980688.html

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Jeudi 22 octobre 2009 4 22 /10 /Oct /2009 10:41

Document archives du 01/05/2007Noble ou roturier, femme ou homme, civil ou militaire, chacun salue en fonction de ce qu’il est, mais aussi de la personne à qui il s’adresse. Ces rituels en disent long sur la hiérarchie sociale, comme en témoigne une histoire de la politesse qui vient d’être publiée.

 

Réduit à sa plus simple expression à l’époque révolutionnaire, le rituel du salut retrouve au XIXe siècle une complexité à la mesure de celle des rapports sociaux : « Le salut et la façon de s’aborder, écrit un certain P. Pascal en 1845, qui sont caractérisés d’une manière si différente dans les diverses parties du monde, ont surtout à Paris, des formes particulières. […] Toute l’échelle sociale se retrouverait au besoin dans la gradation des courbes que dessinent les divers saluts. Du maréchal de France au mendiant, du fat au plat, les inflexions sont innombrables dans leur variété, et la plus habile dissertation mathématique ne pourrait les reproduire. […] Les rapports sociaux et les nuances des positions s’y dessinent d’une manière éclatante, mais rapide. »

Dans ce monde où personne ne va nu tête, c’est la distance entre la main et le chapeau qui détermine la signification du salut : insultant lorsque la main n’esquisse qu’un geste en direction du couvre-chef, humiliant quand elle s’arrête au niveau du menton, froid lorsqu’elle se contente de toucher la coiffe, celui-ci est bienveillant lorsqu’elle soulève le chapeau au-dessus du crâne, et inquiet, voire misérable, lorsqu’elle le redescend ensuite jusque vers les pieds… Les pauvres ignorent le salut, « ils ne savent pas se courber », ricane P. Pascal. En revanche, « à mesure […] qu’on remonte dans les degrés de la civilisation, la souplesse du salut augmente ; elle atteint sa dernière courbe dans les salons des rois et des grands ».

Les formes du salut sont largement ouvertes au hasard des modes. Néanmoins, par-delà ses avatars, elles manifestent au cours du XIXe siècle des tendances que l’on rencontre alors dans la plupart des rites du savoir-vivre : rigidification, sophistication et phobie du contact physique, surtout entre personnes de sexes différents. Le baiser, par exemple, est encore permis sous l’Empire entre des hommes et des femmes sans liens de parenté ni de longue amitié, notamment à l’occasion de fêtes. Quelques années plus tard, il paraît déplacé, et semble franchement grossier dans les dernières décennies du siècle. On ne se touche plus, ou à peine, et le moins souvent possible. C’est pourquoi le salut normal consiste, à l’époque, en une inclinaison, plus ou moins marquée, de la tête ou du buste. Au début du XXe siècle, l’auteur d’un dictionnaire du savoir-vivre distingue ainsi le salut à la française, « souple, aimable, élégant », « celui des gentilshommes d’autrefois », du salut à l’anglaise alors en vogue dans les salons, qu’il juge fort peu gracieux : « Les pieds sont sur une seule ligne, le buste est raide, les bras tombent abandonnés, et le mouvement de la tête est à sec, automatique, comme serait celui d’une poupée de bois. » Aline Raymond, auteur en 1908 d’un manuel de savoir-vivre, va jusqu’à le déclarer « sec, grotesque et malhonnête ». C’est qu’il s’agit, en saluant, de montrer une réelle déférence – et non de se laisser aller à un réflexe machinal, auquel on n’accorde manifestement aucun sens.

La poignée de main forme une seconde catégorie de salut, où les rôles se trouvent intervertis. Dans le salut à la française, c’est l’inférieur qui prend l’initiative ; avec la poignée de main – qui ne s’impose, sous le nom exotique de shake hand, que vers la fin du siècle -, c’est le contraire, puisque c’est alors à la dame (ou au supérieur) qu’il revient de tendre la main. La raison tient sans doute au contact physique que cela suppose : un homme n’a jamais le droit de se saisir d’une femme. Lorsqu’il serre la main qu’une dame lui a tendue, il ne doit donc le faire qu’avec délicatesse et avec franchise, sans rapidité exagérée mais sans lenteurs suspectes, sous peine de pécher gravement contre la bienséance ; certains estimant que le respect dû au sexe faible exige qu’un homme ne serre la main d’une femme… qu’en restant ganté.

Si ses formes sont variables, le salut lui-même est obligatoire : le refus de saluer une connaissance, assimilé à une offense et à une inconvenance, serait passible, dans l’ordre particulier de la politesse, de sanctions allant jusqu’au duel et, en tout cas, jusqu’à la rupture : ce que Proust décrit dans Du côté de chez Swann. Le coupable, Legrandin, un bourgeois lettré que fréquentent les parents du narrateur, se montre d’ordinaire d’une exquise politesse. Mais un jour, après la messe, le narrateur et son père le croisent aux côtés d’une châtelaine du voisinage. Or, à leur salut « amical et réservé », « M. Legrandin avait à peine répondu, d’un air étonné, comme s’il ne [les] reconnaissait pas ». L’attitude paraît si choquante qu’un conseil de famille se réunit pour en débattre, qui juge finalement que le père « s’était fait une idée, ou que Legrandin, à ce moment-là, était absorbé par quelque pensée », expliquant son apparente impertinence. Peu de temps après, pourtant, ils en auront confirmation : Legrandin, irrémédiablement snob, et ne tenant pas à ce que les gens des châteaux sachent qu’il est lié avec des petits-bourgeois, refusera à nouveau, ostensiblement, de leur rendre leur salut. Ce qui entraînera, c’est bien le moins, un refroidissement durable de leurs relations.

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